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Isabelle Garron, présentation HDR (soutenue le 11 décembre 2024)

Présentation de l’HDR soutenue le 11 décembre 2024,

sous la garantie de Marie Joqueviel-Bourjea (RIRRA21)

le temps de la prose : une poétique de la forme écrite

& le poème tangent – 17 artistes visuelles et une poète

Habilitation à diriger des recherches en Littérature française (label Recherche-création) Université de Montpellier Paul-Valéry 

Ce travail d’habilitation est composé de deux volumes inédits et d’une synthèse de parcours.

Le premier inédit est un ouvrage de création qui s’intitule poème tangent (vol. I, 210 p.). Il présente un poème épique en vers. Il a été composé à la suite d’une « enquête poétique » menée auprès des 17 artistes visuelles appartenant au collectif qui se nomme la tangente.

Le second inédit s’intitule le temps de la proseune poétique de la forme écrite (vol II. 325 p.) Il s’agit d’un essai dont l’élaboration enserre l’écriture du poème, qui constitue le sujet et l’objet pivot de la réflexion d’Isabelle Garron. Il est construit en trois parties distinctes. La première partie, « le temps de la prose », déplie les catégories exposant l’objet nommé « le poème auquel je pense ». La seconde partie, « introduction au poème tangent », présente l’origine et les modalités qui ont conduit à son écriture. À ce sujet, la question de l’enquête comme substrat méthodologique appliqué, transféré des sciences sociales à la création, marque un point important de la section. Elle présente la double inscription de cette démarche dans l’enseignement-recherche et la création. La troisième partie, « journal réécrit d’un poème », donne à lire sous la forme de poèmes en prose des éléments du journal tenu tout au long du processus d’écriture.

Ces deux ouvrages inédits sont complétés par la synthèse du parcours intitulée « une poïétique de la recherche » (vol. III, 129 p.) qui présente sa conviction de l’interdisciplinarité et la nécessité pour elle d’éprouver la possibilité du poème au sein de la vie sociale, soutenue par l’énergie que lui a toujours apportée la fréquentation des artistes au travail. À ces trois ouvrages, Isabelle Garron a joint le recueil en trois tomes des publications depuis la thèse (T.1 1999-2008, 241 p. ; T.2 2009-2015, 287 p. ; T.3 2016-2024, 295 p.).

La soutenance a eu lieu le 11 décembre 2024 devant un jury composé de :

Anne Creissels,professeure en arts plastiques, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, examinatrice

Marie Joqueviel-Bourjea,professeure en littérature française des XXe-XXIe siècles, Université Paul-Valéry Montpellier 3, garante

AMarie Petitjean,professeure en littérature française des XXe-XXIe siècles et création littéraire, CY Cergy Paris Université, Institut Universitaire de France, rapporteure

Marc André Brouillette, professeur en littérature et création littéraire, Université du Québec à Montréal (UQAM), rapporteur

Martin Rueff, professeur en littérature et pensée française du XVIIIe au XXIe siècles, Université de Genève (UNIGE), rapporteur

Ce travail d’habilitation aborde le poème comme rapport au réel de tout artiste face à sa condition d’être parlant. Isabelle Garron s’est appuyée sur quatre axes problématiques essentiels à sa réflexion : 1 – le partage d’une langue commune dans l’expérience de l’écriture poétique ; 2 – l’invention d’un commun dans l’échange entre des artistes de pratiques différentes ; 3 – ce qui se distingue irréductiblement comme relevant de l’ordre du poème et de son écriture ; 4 – ce qu’apportent la fonction poétique et l’exploration de pratiques artistiques dans le partage du monde sensible. 

Ce travail articule un dialogue original entre recherche et création, entre arts visuels et poésie, mais aussi entre pratiques créatrices et espace social. Actualisant ses travaux antérieurs, l’engagement de la poète-chercheuse a cette fois pris appui sur sa rencontre avec un collectif informel d’artistes visuelles femmes qui se nomme la tangente. Elles sont peintre, photographe, sculptrice, dessinatrice, vidéaste, artiste conceptuelle, installatrice et performeuse. En les rejoignant, Isabelle Garron se situe à ce point d’intersection où la parole est le matériau premier avec lequel elle travaille et compose son poème. Cette interaction sur la durée et les relations interpersonnelles qui se sont nouées avec les artistes l’ont mise face à la matière de leur langue et de leur présence physique, de leurs gestes et des situations qui les lient. La forme écrite qu’est devenu le poème tangent résulte d’un double exercice d’écoute et de pratique de la césure dans le matériau extrait d’entretiens menés avec chacune d’elles, au cours de ce qu’Isabelle Garron nomme une enquête poétique. Cette réflexion de recherche-création explore la parole de l’autre comme expérience. 

À l’heure de l’intelligence artificielle et de sa production infinie de réponses rédigées à des questions posées, Isabelle Garron a délibérément souhaité approcher par une méthode d’écriture et de contact avec les œuvres une poïétique de la rencontre possible entre créatrices, transverse aux différents langages de l’art. Il y a dans ses travaux le projet de mise en lumière d’un rapport à la langue de l’autre comme moyen agissant pour penser le réel et la réalité du faire, considérant que les conditions de ce rapport décrivent par ailleurs un espace préparatoire à l’acte de création et à celui de penser.  

Dans le cas précis de ce travail d’habilitation, il y a aussi la détermination à inscrire le temps de l’enquête auprès des artistes de la tangente comme apportant un éclairage à l’histoire de l’art récente, et notamment à celle prenant en considération les artistes-femmes depuis la seconde moitié du siècle dernier et leur rendant la visibilité qui leur manque, qui n’a cessé de manquer à toutes les créatrices des siècles passés. Par la forme du poème et la méthode de l’enquête, animée par cette dynamique d’un autre récit pour une histoire de l’art intégrative et faite par les créatrices et les chercheuses au travail ensemble, Isabelle Garron cherche à distinguer un lieu commun pour un savoir pratique et à apporter ainsi sa contribution à une poïétique du contemporain.

Marie-Astrid Charlier
Marie-Astrid Charlier

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Marie-Astrid Charlier (9 juin 2025). Isabelle Garron, présentation HDR (soutenue le 11 décembre 2024). Studio21. Consulté le 22 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/142uv


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